Paroles d'expatrié... avec Karine
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- Nom : Karine
- Nationalité : Française
- Habite à : Darlinghurst - Sydney
- Vient de : la région parisienne
- Visa : Sponsorship 457 pour 4 ans
[Guide-Australie] : Pouvez-vous nous raconter ce qui vous a poussé à venir en Australie et dans quelles
circonstances ?
[Karine] :
C’était le rêve de mon père de venir vivre en Australie. Après la guerre du Viêt Nam, la famille du côté de ma mère a émigré en France
et celle de mon père a émigré en Australie. Son rêve était de vivre le printemps et l’été en France et le printemps et l’été en Australie.
Pour ma part, je suis arrivée en 2007, transférée par ma compagnie qui m’a fourni un visa de travail sponsorisé 457.
[G-A] : Quelles ont été vos premières démarches à votre arrivée ?
[K] : J’ai directement enchainé avec le travail. Etant dans le domaine de l’audit, je venais de sortir de la période chargée
(busy season) pour redémarrer sur la période chargée du calendrier local.
Quant au logement, j’ai d'abord été accueillie par ma famille, ce qui m'a évité de m'en occuper dans un premier temps.
[G-A] : Vous souvenez-vous de vos premières impressions ?
[K] : Je me rappelle que je m’attendais à un pays ensoleillé et lorsque je suis arrivée, c’était les inondations. Il n’a pas arrêté de
pleuvoir des cordes pendant deux semaines ! Moi qui croyais que la première chose que j’allais acheter serait un maillot de bain...
En fait, la première chose que j’ai achetée en arrivant était un parapluie...
Aussi, j’ai trouvé les collègues particulièrement enthousiastes pour des gens que je venais de rencontrer.
J’ai trouvé la hiérarchie beaucoup plus plate, car les gens se mixaient beaucoup plus et essayaient de gommer les différences hiérarchiques alors que j’avais
l’habitude de voir le management évoluer dans une sphère hermétique et de voir le comportement des gens changer selon le grade de chacun.
Enfin, je fus surprise par le nombre d’asiatiques. Cela peut paraître superficiel, mais les personnes emblématiques de l’Australie sont toutes
de type caucasien, or l’Australie est une vraie terre d’immigration dont les trois premiers groupes ethniques sont les anglais, les chinois
et les indiens.
Source : www.immi.gov.au/media/publications/statistics/
[G-A] : Vous avez été confrontée à la crise financière de 2008, comment cela s'est passé pour vous ?
[K] : J’ai perdu mon travail pendant la crise financière de 2008.
Lorsqu’on perd son emploi et après que l’immigration nous ait formellement notifié de l’annulation de notre visa, celle-ci nous donne 28
jours soit pour quitter le pays ou bien pour retrouver un travail sponsorisé par un employeur.
Pour gagner un peu temps, j'ai fait une demande sur place d'un visa touriste valable 3 mois que j'ai obtenu. Mais la question du visa est
revenue constamment dans ma recherche d'un nouveau travail, ainsi que celle des qualifications professionnelles.
Par exemple, dans le domaine de l'audit, on me demandait constamment si je possédais le CA (Chartered Accountant) ou le CPA
(Certified Public Accountant).
C’est très important pour les sociétés de se référer à des labels qui les rassurent. De plus, ils ont souvent besoin de cocher trois cases :
- Est-ce que le candidat a déjà une première expérience locale ?
- Est-ce qu’il est résident permanent ou australien ?
- Est-ce qu’il a les bonnes qualifications professionnelles ?
S’il manque un de ces trois critères, même si on possède d’autres très bons atouts comme avoir fait une bonne école de commerce ou
d’ingénieur de son propre pays, avoir été manager chez un des Big Four de l’audit (ex : E&Y, PwC, KPMG, Deloitte), avoir été diplômé
expert comptable aussi dans son propre pays, l’embauche devient vite un énorme challenge, en particulier si la personne en face n’a
pas connu une situation similaire, c'est-à-dire si le management n’est pas lui-même étranger.
Malgré le fait que je sois moi-même impliquée dans l’accueil des expatriés sur Sydney à travers l’association
Newcomers Network,
je n’ai pas réussi à retrouver un travail par ce biais.
C’est finalement par les amitiés que j’avais nouées au cours de mon expatriation que j’ai pu rebondir. Il faut avouer une chose : Sydney
n’est pas aussi grand qu’on le croit (environ 4 millions d’habitants pour une superficie grande comme la région parisienne).
En général, une offre d’emploi est diffusée en interne pour inciter les employés à coopter une de leurs connaissances. La prime de
cooptation revient bien souvent moins cher à l’employeur que de passer par les services d’un cabinet de recrutement. Le bouche à oreille
fonctionne suffisamment bien pour que l’offre soit pourvue avant même d’arriver entre les mains des recruteurs ou d’être diffusée sur
les sites de recherche d’emploi tels que
www.seek.com.au.
[G-A] : Vous qui vous intéressez particulièrement aux différences culturelles entre l’Australie et la France*
pouvez-vous nous raconter 1 ou 2 anecdotes qui vous ont vraiment marquée ?
[K] :
On m’a raconté une fois que les anglo-saxons sont comme des pêches et les français des noix de coco. Les premiers sont très accessibles au
début mais c’est difficile d’aller en profondeur. Tandis que pour les seconds, c’est très dur de percer la surface mais une fois que
c’est fait, c’est plus facile de créer des liens forts.
Une autre anecdote que j’aime bien, c’est le top 4 des priorités des hommes selon leur pays.
Pour les français, c’est :
- Les femmes
- La nourriture
- Le sport
- La bière
Pour les australiens, c’est :
- La bière
- Le sport
- La nourriture
- Les femmes
* Karine tient un blog passionnant sur les différences culturelles entre la France et l’Australie, venez le visiter à
l’adresse suivante Karine-in-Oz.
[G-A] : Comment définiriez-vous la vie sociale en Australie ? Comment avez-vous recréé votre cercle
d’amis ?
[K] :
Les six premiers mois ont été durs. Même si j’ai la chance d’avoir de la famille sur place, ce n’est pas la même chose que de se refaire
des amis puis de les voir partir les uns derrière les autres.
D’ailleurs, la première amitié que je me suis faite m’avait avertie "Quand tu rencontres quelqu’un, demande lui combien de temps
elle/il compte rester dans le pays. Si c’est moins de 6 mois, alors passe ton chemin : tu vas passer ton temps à dire «Au Revoir» ".
C’est d’ailleurs au bout de 6 mois que je me suis impliquée dans l’association australienne
Newcomers Network.
On est présent dans toutes les grandes villes australiennes et maintenant à Londres et Dublin. On s’adresse à toutes les nationalités qui
viennent d’arriver et qui souhaitent trouver un point de départ pour les informations de base et rencontrer des gens comme eux.
Nous organisons des événements mensuels comme par exemple des drinks type ‘Welcome to Sydney’ et des workshops type ‘Living, Working,
Networking in Sydney’.
Le cycle de l’expatriation est d’environ 3 ans car c’est souvent au bout de cette période que l’on voit son cercle affectif disparaitre
dû à des fins de contrat ou des relocalisations ou encore des perspectives de carrière ou de famille meilleures dans d’autres pays.
Au bout de 3 ans, j’observe aussi un plateau où les gens qui ont décidé de rester, sont maintenant dans la démarche de se faire
naturaliser. Ces amis sont devenus ma seconde famille.
[G-A] : Qu’est-ce qui vous plaît le plus et le moins en Australie ?
[K] :
Ce qui me plait le plus en Australie, c’est l’impression que tout est possible. Ce qui me plait le moins, c’est que c’est loin de tout.
[G-A] : Qu’est-ce qui vous manque le plus de France ?
[K] :
La première année, la nourriture, la mode, les amis et la famille. Ensuite avec le temps, je dirais que c’est surtout la famille et
les amis qui me manquent.
[G-A] : Comment définiriez-vous votre état d’esprit après 3 années passées en Australie ?
Pensez-vous avoir changé sur certains aspects ? Lesquels ?
[K] :
J’ai beaucoup fantasmé sur la vie d’expatrié notamment dans les pays anglo-saxons. J’étais venue pour la carrière et je me suis rendue
compte qu’au final ce sont les gens qui comptent le plus. J’aime beaucoup cette citation anonyme qui dit : ‘Partout où je suis allé(e),
j’ai rencontré l’amitié, la sagesse et l’humour ... Et chaque expérience fut unique’. Je dirais que sans conteste, vivre à l’étranger
ouvre l’esprit et permet de voir les choses avec un nouvel œil que l’on n’aurait pas soupçonné avant. Si l’occasion est donnée, il faut
la saisir sans regret.
[G-A] : Et pour conclure, que conseilleriez-vous à quelqu’un qui souhaite venir tenter l’expérience
downunder ?
[K] :
Qu’il faut se lancer, mais qu’il ne faut pas croire que ce sera facile. Personne ne vous attend, le fait d’être français n’est pas
particulièrement un plus, il faut être prêt à recommencer de zéro et à refaire ses preuves même si on est transféré dans la même
société, l’équipe sur place ne vous connait pas et ne possède pas d’estime pour votre expérience précédente. En plus, les australiens
ont plus de respect pour les professionnels américains ou anglais. Ils considèrent souvent qu’ils sont les meilleurs en termes d’éducation et
de professionnalisme.
Dernière mise à jour : le 22/10/2010